Formations aux comportements animaliers

Le chat est-il vraiment solitaire ?

Par Laurence

 

Il vit à nos côtés depuis très longtemps mais on le dit solitaire et indépendant. Pourquoi cette réputation et peut-on mettre tous les chats domestiques dans le même panier ? Pour mieux le comprendre, nous nous sommes penchés sur sa façon de se comporter et sur son mode de vie.

 

 

Des tempéraments uniques

Votre chat est indépendant ? Pas si évident que cela quand on le voit quémander de la nourriture en harcelant son maître de ronrons au creux de l’oreille. C’est un solitaire ? Pourquoi vient-il systématiquement se poser sur le livre que vous venez d’ouvrir ou sur votre ordinateur alors que vous êtes en plein travail ?

À croire que les chats d’aujourd’hui n’ont rien en commun avec ceux de nos grands-parents qui ont valu à tous les représentants de leur espèce cette réputation d’animal indépendant et solitaire !

Ce que dit la science

En réalité, en éthologie[1], lorsqu’on parle d’un animal solitaire, cela ne veut pas dire qu’il vit totalement isolé des siens.

Si, pour le scientifique, le chat domestique est qualifié d’espèce solitaire, c’est dans le sens où il chasse seul, que les individus ne vivent pas en groupe structuré ni organisé et qu’il n’y a pas de coopération dans l’élevage et l’éducation des chatons.

Le chat domestique, Felis catus, a colonisé de nombreux espaces, sous toutes les latitudes, dans des environnements tellement variés que l’espèce comprend des individus aux modes de vie très différents. Cela va du chat qui vit en solitaire au milieu de la forêt de Nouvelle-Zélande à celui qui se débrouille en plein cœur d’une ville comme New-York où les regroupements de chats peuvent compter plus de 2 000 sujets au km². Les chats vivant en colonies, groupements d’individus plus ou moins pérennes, ont de nombreuses interactions entre eux, des relations durables, et parfois ils coopèrent dans l’élevage et les soins aux jeunes.

Et la relation à l’humain ?

Certains scientifiques classifient les populations de chats domestiques en fonction de leur degré de dé

pendance à l’homme.

Les chats harets sont les chats domestiques retournés à l’état sauvage. Ils vivent de façon autonome en chassant, mais peuvent profiter de la nourriture distribuée par les humains.

Les chats errants mènent une vie libre mais commensale à l’homme, c’est-à-dire qu’ils peuvent être rattachés à un ou plusieurs foyers qui les nourrissent plus ou moins régulièrement.

Les chats de compagnie sont eux rattachés à un foyer et dépendent des humains pour leur subsistance, bien qu’on puisse les voir chasser.

Ce type de classification peut être réalisée bien qu’il soit difficile de dégager un modèle commun illustrant « le mode de vie des chats », il y a des variations entre les catégories.

Si différents les uns des autres…

La faculté d’adaptation du chat à son milieu est due à sa « plasticité comportementale ». Ce mécanisme correspond à son aptitude à modifier de façon plus ou moins durable ses comportements suite aux expérience

s qu’il vit. C’est en partie la raison pour laquelle il est difficile de généraliser un comportement du chat domestique car il en existe autant que de milieux occupés !

Ce qui est certain, c’est que la domestication et la sélection opérée par l’homme ont pu soutenir et favoriser l’aptitude du chat à vivre en groupe et à tolérer ses congénères en augmentant cette fameuse plasticité comportementale.

Ainsi, lorsque les proies sont rares et dispersées, le chat domestique chasse seul et vit sur un mode solitaire.  Mais si les ressources alimentaires sont abondantes, il peut se regrouper et côtoyer les siens en partageant la nourriture. Des dizaines, des centaines voire des milliers d’individus se regroupent en colonie et vivent autour de cette ressource de manière durable ou temporaire.

La tolérance entre les individus augmente alors. Elle est variable selon la quantité de ressources alimentaires mais aussi selon l’expérience passée et le tempérament.

 

La vie en colonie

Les scientifiques ont observé que la plupart du temps, ce sont les femelles et leurs jeunes qui se regroupent autour des ressources vitales. Les mâles entiers, dont le domaine de vie est nettement plus large que celui des femelles, vadrouillent à la recherche de ces dernières… Les chats d’une même portée passeront tout ou une partie de leur vie ensemble. En général, les petites femelles resteront dans leur groupe natal et les mâles se disperseront.

Certains individus ont des affinités particulières et les démonstrations de marques d’affection ne manquent pas : flairages, frottements nez à nez, toilettages mutuels, partage de couchage. Au sein de ces colonies, on retrouve de nombreux comportements habituellement observés chez les espèces sociales, ainsi que de la coopération dans l’élevage des jeunes et dans la protection des ressources.

C’est ce que l’on peut observer en milieu captif, des femelles vivant ensemble s’occuperont de leur progéniture en s’entraidant pour les soins, la protection, l’alimentation.

L’espèce est qualifiée de solitaire mais des différences entre les chats existent selon leur mode de vie, chaque individu a une tolérance particulière à ses congénères selon son tempérament, son développement précoce et son expérience passée. Tout est une question d’individus !

  

[1] La science qui étudie les comportements des animaux dans leur milieu de vie

 

Par Brunilde Ract-Madoux, éthologue et consultante en comportement

Formatrice chez Vox Animae

 

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