Formations aux comportements animaliers

Notre rencontre : la version du chat

Par Mélanie

Jessica Christ, comportementaliste canin et félin, nous livre ses réflexions sur le comportement félin
dans le journal Les Dernières Nouvelles d’Alsace.

Voici l’article paru dans l’édition du 27 février 2022.

Lors d’une paisible journée hivernale, les radiateurs chauffaient les pièces, je m’endormais sur mon fauteuil favori flanqué d’un plaid, au plus près de cette source de chaleur apaisante. Mes humains avaient quitté la maison en hâte ce matin-là, leurs voix teintées d’excitation et d’anxiété m’avait interpellé, je m’étais frénétiquement léché l’épaule en les voyant passer la porte. Un coup de vent froid s’était engouffré dans l’habitation portant à mon odorat un fumet de feu de bois et d’herbe glacée. En fermant doucement les yeux sur le tissu polaire, je laissais s’évanouir ces résidus de stress sans savoir que la journée qui m’attendait serait l’une des plus affreuses de ma vie.

J’avais rejoint ma famille très tôt, vers mes trois mois, je quittais mes frères et sœurs, parents et tantes pour rejoindre un couple d’humains dans une jolie maison de campagne. Depuis, j’y coulais des jours heureux en alternant siestes, sorties de chasse, câlins et moments de jeu seul ou aidé des bipèdes. En ce fameux jour de décembre, je fus tiré de ma douce somnolence par le son de la portière de la voiture. Des rires, du bruit, ils ne s’étaient donc pas calmés lors de leur sortie… Un peu exaspéré et appréhendant leur entrée fracassante, je m’étirais, écartant puis enfonçant mes griffes sur ma couverture, y déposant ainsi l’odeur de ma frustration puis, je filais comme une ombre au travers de la trappe qui relie la porte de la cuisine au jardin. J’eu à peine le temps d’entendre la porte d’entrée claquer, synchronisant parfaitement leur entrée et mon départ. J’étais là, immobile dans le froid. Je me laissais une minute ou deux pour me prouver que cette sortie n’était pas une idée brillante, puis, une bourrasque soudaine ébouriffa mon pelage et renversa un pot de fleur en zinc à deux mètres de moi. C’en était trop, je fis demi-tour en un bond et repassais la trappe en un claquement. Avant même que je ne puisse me frotter contre le bord du meuble de cuisine pour y déposer un marquage et me soulager un peu de mes déconvenues, mes pupilles s’arrondirent et mon pelage se dressa à la vue d’un énorme chien qui, dans une course folle rejoint les jambes de mes humains dans un fracas infernal. Cette odeur nauséabonde de pelage humide, de croquettes bon marché et d’anxiété flottant dans ma cuisine me pétrifia une seconde. La suivante, un aboiement déchira le silence et sans réfléchir, mes pattes me portèrent à toute vitesse vers le buffet sous lequel je me réfugiai, terrorisé. Sous le meuble, dans la pénombre, mes yeux s’écarquillèrent et observèrent, interdits, la truffe humide du chien immonde flairer ma présence, sans pouvoir m’atteindre. Acculé contre le mur, je scrutai la bête faire demi-tour et planter à présent cette truffe immense dans mes toilettes. La nuit allait être longue. Le lendemain, j’eu le courage (ou la folie) de m’approcher un peu de l’animal qui semblait être endormi, à pattes de velours, j’avançais vers la boule de poils odorante et immense, j’étais aux aguets. J’eu une seconde pour observer sa truffe remuer puis ses yeux s’ouvrir et en un bond, le monstre se leva et la poursuite qui s’en suivit, bien que brève, se conclus sur un soulagement. En effet, je réalisais à ce moment que la bête ne savait pas me suivre sur les meubles et que ma place en hauteur me garantissait une certaine sécurité. Enfin une bonne nouvelle…

Merci à ma consœur Collette Bock pour son article précédant relatant le point de vue du chien ! A bientôt pour d’autres articles en miroir sur les comportements félins et canins ! Bon dimanche les chamoureux !

Jessica CHRIST – La Petite Griffe

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