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Laurence Bruder Sergent

18 années au service des propriétaires, refuges, associations, plusieurs ouvrages publiés, des années d’enseignement en France et à l’international pour défendre la cause des animaux


Expertise...

Peut-on prédire une morsure ?

Par Laurence Bruder Sergent

Dans son besoin constant de contrôler son environnement, l’homme cherche à obtenir des réponses claires, précises et surtout, immuables. Lorsqu’il s’agit d’êtres vivants, cela n’est pas évident du tout. Passons en revue les critères permettant de se faire une idée des éléments factuels qui nous orienteraient vers une possible prédiction.

Pascale m’a demandé d’évaluer son chien Schmoutz (« bisous » en alsacien). Elle craint qu’il morde un jour ses enfants. Jean-Marc est persuadé que Filou va finir par blesser un de ses congénères.
Servons-nous de ces deux situations comme point de départ, car une enquête circonstanciée est à mener.

 

Peut-on prédire les morsures de son chien ?Tempéraments et critères de races

Parce qu’il faut bien commencer quelque part, je m’intéresse en premier lieu aux profils émotionnels de l’un comme de l’autre.

Comme son nom alsacien l’indique, le premier a tout de la boule de poil adorable. Issu d’un élevage réputé, sa généalogie est certifiée, il a même été confirmé par un Juge qui s’est assuré de sa conformité au standard de la race. Il s’entend bien avec les enfants, il n’y a jamais eu aucun épisode laissant penser qu’il pourrait mordre un jour.

Entraîné à l’obéissance de base, il est plutôt coopérant et sympathique au quotidien et défend sa famille avec un grand talent lors de n’importe quelle abord de la clôture. Ses humains l’ont toujours félicité quand il s’agissait de protéger le jardin : gare à celui qui passe la main par-dessus la clôture, il sentirait les babines de Schmoutz sur ses doigts et quelques éraflures incisives. Son profil émotionnel est plutôt rassurant.

Filou concourt dans une autre catégorie. Bagarreur avec les chiens mâles, appartenant à une lignée sélectionnée pour son aspect dissuasif et puissant, il a le grognement facile, hérissant le poil et montrant les dents dès que l’on s’approche de lui. Il n’a cependant jamais mordu aucun chien en six longues années de vie et de menaces quasi quotidiennes. « Il grogne mais il ne mord pas », disent ses propriétaires, malgré tout peu confiants pour l’avenir.

 

Expériences du passé et maîtrise de leurs émotions

En apparence les éléments sont déjà clairs, le premier reçoit nos faveurs, le second inspire de la méfiance. Ce serait pourtant un raccourci incomplet au regard des faits. Filou n’a jamais mordu alors qu’il avertit souvent.

Au contraire Schmoutz a un attachement tellement fort vis-à-vis de son entourage qu’il n’hésite pas à aller au contact physique, sans être pour le moment passé à l’acte mais susceptible de le faire un jour. L’un se met en colère fréquemment mais s’arrête aux avertissements, l’autre annonce peu mais agit vite.

Ils ont tous les deux vécu des expériences qui leur ont appris à réagir d’une manière dans certaines circonstances, il y a une répétitivité plus forte par la menace pour l’un, par l’agression pour l’autre. Les apprentissages ont façonnés leurs attitudes d’aujourd’hui et établi un profil avec des indicateurs différents.

 

Et l’environnement, dans tout cela ?

Cette première analyse  ne serait pas complète sans que l’on tienne compte de l’environnement de chaque animal que l’on cherche à évaluer : les attentes des humains et leur mode de vie. Les projections des propriétaires sont primordiales, pensez aux noms qu’ils ont choisi pour leurs boules de poils, elles ne sont pas anodines.

Quant aux méthodes d’éducation employées, plus ou moins autoritaires, rudes ou laxistes, elles impactent forcément les comportements canins d’aujourd’hui. Et l’ambiance générale, qui offre un climat anxiogène ou rassurant doit aussi être insérée dans la balance !

Les attitudes des personnes alentours sont grandement génératrices de mal-être et donc, de morsures défensives. Un enfant harcelant ou juste trop immature dans ses gestes, un adulte violent ou testant la réactivité du chien en le provoquant, sont autant de mobiles pour un chien de chercher à se défendre.

 

Evaluation après antécédent

Cela n’est pas le cas avec nos deux protagonistes, mais concernant d’autres chiens qui auraient déjà mordu, un état des lieux de la gravité des blessures occasionnées devra être fait sans tarder.

En effet les statistiques montrent que plus l’intensité de morsure préalable était forte et délabrante, plus le risque de récidive est élevé si rien n’est mis en place pour y pallier.

Cela fait donc partie des critères importants à examiner, en même temps que tous les autres cités plus haut. Bien entendu, l’état de santé et hormonal en font partie aussi, une visite chez le vétérinaire s’impose.

 

Prédire, prévoir, anticiper, empêcher ?

La réponse à la question posée ne peut se limiter à un raisonnement manichéen.
Une enquête complète permet de lister les éléments réels, factuels et objectifs, d’anticiper les éventualités, et donc, de les prévoir. Cependant des indications ne sont en aucun cas des prédictions.

Nous parlons d’êtres vivants par définition inconstants, avec des affects, des caractéristiques et des paramètres individuels internes et externes.


Heureusement à l’aide des informations listées préalablement nous avons la possibilité d’agir et donc d’éviter les risques. Si nous acceptions de nous remettre en cause, de nous interroger sur nos propres comportements et sur d’éventuelles situations problématiques que nous aurions générées nous-même, il est alors possible de préparer un plan de modification et d’anticipation.

Nous avons le pouvoir de faire des aménagements permettant de ne jamais voir apparaitre des attitudes qui avaient pourtant été identifiables préalablement à la faveur d’indices évidents.

 

Optimisme réaliste

Nous ne sommes ni victimes ni passifs : l’accumulation d’éléments circonstanciés peut nous permettre d’agir sur le court, moyen et long terme.

En soulageant l’animal qui vivrait dans un contexte anxiogène, en mettant en place des mesures correctrices, sur l’animal lui-même ou son environnement, nous pouvons protéger les victimes potentielles et l’animal, qui paie généralement de sa vie une attitude non tolérée dans la société.

Laurence Bruder Sergent
Vox animae



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