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Romy Sauvageot


Expertise...

L’importance de prendre en compte le chien en tant que sujet

 

A ce jour, un grand nombre de disciplines s’intéressent au comportement du chien, et aux relations que l’on entretient avec lui. Parmi elles, l’éthologie (la science qui étudie le comportement animal).  Nous allons aujourd’hui brièvement évoquer un des courants de cette discipline : l’éthologie constructiviste.

Cette approche analyse la relation que l’animal, véritable sujet, établit avec son environnement physique et social. L’animal est considéré comme un sujet à part entière, en tant qu'acteur notamment, et non plus un être qui subit son environnement.

Loin de la conception de Descartes de « l’animal machine », les études récentes ont permis de mettre en évidence des capacités cognitives (e.g. résolution de problèmes avec l’utilisation d’indices, compréhension de signaux de communications humains) chez le chien (Canis familiaris).

Cependant, nous attendons souvent parler de l’espèce  « chien » de races de chiens, de caractéristiques propres à cette race.  Le golden retriever est le chien de famille idéal, le jack russel est ingérable, le boxer adore les enfants…

Peu de références au sujet lui-même sont évoquées, préférant les généralités.

Or certains courants d’éthologie, comme le souligne le Pr émérite d’Ethologie, Bertrand Deputte, ont permis de faire émerger certains concepts s’intéressant plus particulièrement à la subjectivité animale, comme celui de « l’Umwelt », proposé par Von Uexküll (1934/ 1984). Ce dernier souligne que le monde vécu par les individus des différentes espèces est dépendant de leur équipement sensoriel, variable selon les espèces et aussi dépendant de leur expérience individuelle.1

Lorsque l’on s’intéresse au chien, il est donc également important de prendre en compte CE chien. Nous cohabitons avec des êtres sensibles, qui en fonction de certains caractères héréditaires, des conditions dans lesquelles ils ont grandi avec, ou non, leur mère et fratrie, le foyer dans lequel ils vivent, les relations qu’ils entretiennent avec les humains, les expériences (positives ou négatives) passées, se sont dessinés un tempérament.

 

Des idées reçues qui peuvent nuire à une interprétation objective des comportements

Lors de l’évocation de difficultés rencontrées concernant le comportement du chien, il arrive que nous croisions divers conseils, dans certains forums ou magazines, ou même émanant de personnes de notre entourage,  qui ne tiennent pas compte du caractère individuel et particulier de chacun et de la situation.

Non, les boxers n’aiment pas tous les enfants, non, les jack russels ne sont pas tous des piles électriques.

Certes des points communs dus à la race existent, mais l’influence de l’environnement est parfois mise de côté. Chaque chien est unique, tout comme chaque animal l’est (comme l’humain !)

Ces idées reçues, ces représentations peuvent parfois amener à une mauvaise interprétation des comportements, une mauvaise connaissance des besoins du chien, de ce chien en particulier et nous poussent nous-mêmes à réagir différemment en fonction des races de chien que l’on côtoie.

Il est important de noter dans quels contextes apparaissent certains comportements, de noter les réactions de ce chien dans telles ou telles situations avant d’énoncer des vérités influencées par des idées reçues sur une race.

Prenons pour exemple deux chiens : deux shih tzu. Une même race certes, mais un milieu de développement différent, des descendants différents, des relations avec les humains différentes, des tempéraments différents, des besoins différents…Si l’on s’intéresse à leur comportement à un même âge, les façons de réagir sont uniques (en insistant sur ces points de divergence, je ne néglige pas non plus la possibilité de faire émerger des similitudes justement également du fait de ce milieu de vie partagé).

Chacun apprend et construit sa propre signification de l’environnement qui l’entoure : l’animal grâce à ses expériences antérieures donne un sens à ses actions.

Cette approche constructiviste, comme le soulignent Fabienne Delfour et Véronique Servais, anthropologue,2   « permet aussi de tenir compte de émotions du sujet, d’envisager sa vulnérabilité psychique, d’apprécier son existence, et bien sûr de reconsidérer son bien-être trop souvent réduit uniquement à des paramètres physiologiques. 

Chaque dyade homme/chien construit un rapport d’intimité qui lui est propre et ce lien unique se nourrit en partie d’attachement, de confiance, d’intuition, de complicité, d’échange, de proximité, de liberté, etc. C’est en cela que nous pensons que l’approche constructiviste est extrêmement pertinente : elle interroge et décrit la nature des liens en tenant compte du contexte toujours changeant »

 

Alors n’oublions pas de s’intéresser à CE chien pour mieux le comprendre et communiquer avec, et ne négligeons pas sa subjectivité ! Il est unique et perçoit le monde d’une façon qui lui est propre !  

Observons-le pour mieux le comprendre !

 

Romy Sauvageot

Ethologue & comportementaliste spécialiste des relations homme/ chien & chat

wwww.chiensethommes.fr 

 

 

1 Deputte, B (2012) L’éthologie, des anecdotes naturalistes à l’analyse quantitative et expérimentale du comportement, Bull. Acad. Vét. France — 2012 - Tome 165 - N°2

 

2 Delfour F. & Servais V. (2012) L'animal dans le soin : entre théories et pratiques - Les multiples raisons d'une rencontre interdisciplinaire, 2012, ANAE N° 117, Vol 24, tome II, mai 2012.

 




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