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Laurence Bruder Sergent

18 années au service des propriétaires, refuges, associations, plusieurs ouvrages publiés, des années d’enseignement en France et à l’international pour défendre la cause des animaux


Expertise...

Chiens agressifs avec leurs congénères - Page 2

Chiens agressifs avec leurs congénères : les limites des méthodes punitives


Après notre article sur les techniques modernes non violentes de gestion des agressivités canines sur congénères, étudions à présent leurs opposées : les méthodes punitives.


Les éducateurs canins qui ont été formés aux solutions dites « traditionnelles » fonctionnent plutôt  à l’inverse des méthodes « positives » : ils vont laisser l’animal exprimer son agressivité et sévir en « flagrant délit ».
Parfois ils provoqueront la « faute » pour mieux intervenir radicalement.
Les outils pour le faire seront de différents ordres : pulvérisations chimiques, décharges électriques, coups portés sur le chien, colliers étrangleurs (parfois avec des pointes), hurlements à son endroit, isolement ou privation de liberté. Il s’agit là de « faire comprendre », par la douleur psychologique, émotionnelle et/ou physique, quelles attitudes sont proscrites. Dans l’esprit des « traditionnalistes », il faut exercer une dominance sur le chien, si nécessaire au moyen d’une victoire par la force.

Recette miracle ?

Pour le propriétaire novice épuisé par les agitations excessives de son animal, les résultats obtenus à force de répétitions des punitions sont satisfaisants : il semble plus calme, vocifère moins, parait enfin discipliné.
En vérité, son meilleur ami est passé par des étapes tellement rudes qu’il a fini par renoncer à la rébellion. Il n’a pas mémorisé comment bien se comporter, il a juste appris à ne plus être à l’initiative de quoi que ce soit, y compris les demandes pacifiques, bien qu’énergiques, auprès des autres chiens.

Les limites de la méthode

La confiance envers le maître est détériorée au fil des violences répétées. Soumis aux rudesses régulières, le chien est sur le qui-vive, son état permanent devient peu à peu l’anxiété.

Ensuite, il oscille entre la menace vis-à-vis des chiens qu’il croise en promenade (puisque c’est sa tendance) et la peur de se voir sanctionné (puisqu’il a appris que c’est ce qui allait arriver).

Enfin, les agressivités initialement destinées aux congénères peuvent se rediriger vers celui qui tient la laisse ! Au lieu de se concentrer sur les attitudes indésirables envers les autres chiens, on vient donc de générer un nouveau type de comportement agonistique : vis-à-vis de l’humain.

Jusqu’où veut-on aller ?

La maltraitance se trouve atteinte lorsque l’on entend dire, aujourd’hui encore, dans certains clubs ou chez quelques -rares ?- professionnels, qu’il faut priver l’animal délinquant (l’anthropomorphisme ne perturbe pas leurs auteurs) de nourriture et de soins durant plusieurs jours. Après tout s’il a été blessé durant une bagarre qu’il a lui-même provoqué, il faut qu’il en paie le prix.

Cette absence de connaissance de la psychologie canine doublée de cruauté (puisque l’on prolonge inutilement la sentence) n’honore pas les partisans de tels actes.

Appréhender raisonnablement les risques de récidive

Avec cette méthode coercitive, on ne s’intéresse pas aux émotions du chien ni à l’origine de ses réactions, on cherche uniquement à modifier son comportement. Or, s’il a peur, s’il défend une de ses ressources ou s’il a été dressé à mordre, s’il fait partie d’une race prédisposée à la réactivité vis-à-vis de ses congénères, il y a de fortes probabilités qu’il recommence. 

Mais alors que faire ?

Il n’y a jamais une seule méthode pour traiter un problème de comportement. C’est le chien lui-même, ses propriétaires, son environnement et son rythme de vie qui devraient guider les professionnels vers les choix d’une technique plutôt qu’une autre. Il vaut mieux se méfier des adeptes radicaux et inflexibles des deux bords (punitions ou renforcements positifs), car « il n’y a rien de pire qu’une certitude pour arrêter la pensée » comme le dit Boris Cyrulnik. Il faut au contraire personnaliser chaque intervention, anticiper les avantages et inconvénients de chacune, concevoir un programme élaboré pour espérer intervenir efficacement et surtout… sur le long terme.

 

Laurence Bruder Sergent
Vox Animae




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