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Marie Perrin

Insérée dans l'univers cynophile alsacien et français depuis plusieurs années, mon but est d'aider les maîtres un peu débordés par leur animal, en mettant mon savoir et mon savoir-faire au service de leur mieux-être.


Expertise...

Les chiens pariahs en Inde - Page 2

Présents en très grand nombre dans tout le pays, peu appréciés par la population, les chiens parias incarnent les paradoxes de l’Inde d’aujourd’hui, prise entre des aspirations contraires. Un pays où rien n’est édulcoré, pas plus la joie que la peine, le bonheur que la souffrance.

 

Tout le monde connaît de l’Inde quelques essentiels : les vaches sacrées, la non-violence et Gandhi, le cycle de la vie grâce à la réincarnation, le végétarisme, les ghâts des bords du Gange à Bénarès, les couleurs chatoyantes des saris ou les effluves des épices. On sait aussi de l’Inde son extrême misère, ses bidonvilles, ses mendiants, ses lépreux. Mais l’Inde, c’est également le grouillement du vivant dans toute sa complexité, un univers qui bouscule les certitudes, échappant à toute conceptualisation.

L’Inde met à l’épreuve les voyageurs les plus aguerris. Les rues des mégalopoles, jonchées de détritus, sont habitées par une faune miséreuse et bigarrée, conducteurs de rickshaws SDF, familles entassées sous des tentes de fortune, rats, dromadaires, cochons sauvages, singes ou chiens. De tous les animaux, le chien est sans doute le plus mal aimé, le plus maltraité, le plus présent aussi, des cités tentaculaires aux petits villages du désert.

Ces petits chiens parias se ressemblent tous, taille moyenne, poil ras. Ils sont ceux qu’on chasse, qu’on brutalise, qu’on craint, ceux qui, néanmoins, ne peuvent survivre qu’auprès des humains, se nourrissant de leurs déchets, proliférant dans leurs détritus, chassant et tuant les rats. Les Indiens les plus pauvres, dans les bidonvilles ou dans les rues, les tolèrent près d’eux, les considérant comme des animaux semi-libres, semi-domestiques.

Semblables aux chiens décrits par Ray Coppinger[1], vivant en groupes informels, ces « stray dogs » bénéficient en Inde d’une abondante source de nourriture, en raison d’un système d’évacuation des déchets quasiment inexistant. Leur nombre est ainsi proportionnel à ce que leur niche écologique peut leur apporter.

Pour donner un ordre d’idée, Mumbai compterait 12 millions d’habitants, la moitié dans une grande précarité. Chaque jour, 500 tonnes d’ordures non collectées sont déversées dans les rues. Toutes les conditions sont réunies pour permettre la prolifération des chiens errants. A New Delhi, la capitale, ils seraient environ 500 000, et le pays compterait 18 millions de chiens parias, soit la population de carnivores la plus importante au monde. Dans les villes comme Jaipur, la cité rose du Rajasthan, la mise en place de systèmes de collecte a entraîné une chute significative du nombre de chiens errants.

Le terme générique de « paria », dérivé du mot tamoul « paraiyar », a été utilisé par les Anglais dès le XVIIe siècle pour désigner les castes humaines les plus basses du système social en vigueur en Inde. En anglais, « pariah » est ainsi synonyme de « réprouvé social ». Il renvoie aux Intouchables, la cinquième caste (« varna ») hindouiste, également nommés les Dalits (« opprimés ») ou les Harijans (« enfants de Dieu »).

L’hindouisme[2], religion majoritaire du pays, est peu tolérant avec les chiens. Dans la culture pré-védique, ils étaient pourtant considérés comme des symboles propices. Plus tardivement, les divinités à forme de chien ou accompagnées de chien sont restées liées à la gloire et à la fidélité guerrière. Puis les brahmanes ont déclaré que le chien était impur. Certes, des spécialistes parlent d’ajout tardif, mais cette assertion, cumulée à l’influence des Britanniques, a engendré un puissant rejet culturel du chien, tenu en grand mépris. L’urbanisation effrénée et le consumérisme ont encore aggravé les conditions de vie des « stray dogs » : lorsqu’ils ne meurent pas de la rage dans l’indifférence généralisée, ils succombent à des infections, à des infestations parasitaires, se blessent à mort en se battant avec des congénères, sont percutés par des véhicules. On estime que l’espérance de vie d’un chien errant est d’à peine 5 ans.

 




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