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Marie Perrin Bassler

Insérée dans l'univers cynophile alsacien et français depuis plusieurs années, mon but est d'aider les maîtres un peu débordés par leur animal, en mettant mon savoir et mon savoir-faire au service de leur mieux-être.


Expertise...

L'attachement, ce lien vital

Chez le chien, de nombreux troubles comportementaux trouvent leur origine dans ce que les spécialistes appellent l’"hyperattachement". Mais qui dit «hyperattachement» dit aussi, en filigrane, «attachement». Quel est ce lien vital et instinctif, qui, bien qu’essentiel, doit absolument être brisé pour que, de la chrysalide « chiot », puisse émerger un chien adulte, épanoui et équilibré ?

 

L’importance de l’attachement dans le développement de l’être humain a été mise en évidence par John Bowlby, suite aux travaux de Winnicott, Lorenz et Harlow. Sans attachement, l’individu n’est pas capable de se construire et de se socialiser. Cet attachement est également une fonction physiologique vitale chez le chien, un instinct prédéterminé, indépendant de tout apprentissage. Il est une assise indispensable à son développement.

attachement«On ne naît pas chien, on le devient»...

Grâce à l’attachement, le chiot va s’identifier comme membre de l’espèce canine. Car, pour paraphraser Simone de Beauvoir, « on ne naît pas chien, on le devient ». Se comporter comme un chien n’est pas un savoir inné : le chiot doit en faire l’apprentissage, auprès de sa mère, d’autres adultes, de ses frères et sœurs. Il acquiert ainsi les codes en vigueur dans son espèce, apprend à communiquer, à s’inhiber, à s’insérer dans un groupe de canidés. 

La double imprégnation...

Mais l’une des caractéristiques (passionnantes) du chien, c’est sa capacité de double imprégnation : à son espèce d’abord – ce qu’on appelle socialisation, ou imprégnation intra spécifique -, puis aux espèces amies et, surtout, à l’être humain – il s’agit de la familiarisation, ou imprégnation interspécifique. L’être humain, pour le chien, constitue une espèce à part, à laquelle il s’attache tout particulièrement, nouant avec elle une relation extrêmement privilégiée.

Car, au cours de ses centaines de milliers d’années de proximité avec l’être humain, le chien a littéralement « appris » notre espèce : il sait d’ailleurs nous décrypter, nous comprendre et anticiper nos réactions, bien mieux et bien plus qu’à l’inverse. Certaines études ont démontré qu’un chien qui sollicite un humain pour jouer tourne légèrement la patte vers le côté, aussi loin que le lui permet sa morphologie, de la même façon que nous tournons notre main, paume vers le haut. Evidemment, il ne le fait pas lorsqu’il appelle un autre chien au jeu ! Et, bien plus étonnant, les chiens, lorsqu’ils nous font face, dirigent leur regard vers le côté de notre visage qui exprime nos émotions (comme nous la faisons nous-mêmes lorsque nous regardons un de nos semblables). Or ils ne le font jamais lorsqu’ils regardent un autre chien, ou un autre animal...

Puis vient le détachement...

Pour que le chiot puisse devenir un adulte équilibré, il est indispensable, à un moment, que la mère rompe le lien exclusif qui le lie à elle. C’est ce qu’on appelle le « détachement ». La mère le fait tout naturellement : cette distanciation concerne tous les postes de la vie commune – jeux, interactions, contacts, couchage. Le chiot reporte alors son attachement sur les autres membres du groupe, avec lesquels il doit désormais « parler chien » (postures de soumission, d’apaisement, etc).

Il est indispensable que les maîtres agissent de même avec leur chiot : inévitablement, en arrivant chez ses nouveaux humains, le chiot va nouer un lien privilégié avec l’un d’entre eux. Mais cette relation quasi fusionnelle ne doit pas perdurer : le maître doit aider son jeune chien à grandir, à devenir autonome. S’il ne le fait pas, vont s’installer des troubles du comportement, parfois graves.

Sans détachement, l’hyperattachement guette...

En effet, si le processus de détachement n’a pas été mis en place, le chien va souffrir d’« hyperattachement » : il ne supportera pas d’être éloigné de son humain et endurera le martyre lorsqu’il se retrouvera soudain seul. N’oublions pas que, dans la nature, un individu juvénile n’a aucune chance de survivre s’il n’est pas pris en charge par un adulte, ou par un groupe d’adultes. Un chien maintenu dans un état de dépendance affective sera véritablement désemparé, terrifié d’être « abandonné », même quelques heures. Certains pleureront, aboieront, d’autres mettront l’appartement ou la maison à sac, d’autres enfin se videront de stress.  

Par conséquent, même s’il nous en coûte (qui n’a pas eu envie de garder son chien bébé le plus longtemps possible ?), le chiot doit devenir un adulte, mature et stable. Et c’est à nous, maîtres, qu’incombe la réussite de cette étape ô combien primordiale.

 

Marie Perrin

http://marie-perrin-comportementaliste.blogspot.fr/



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