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Sonia Paeleman

Comportementaliste spécialiste du chat, j'interviens sur tous les types de problématiques pour aider les humains et les chats à mieux se comprendre au sein des foyers et dans le grand public.


Expertise...

Cohabitation Homme et Chat : Les violences invisibles

Pour la plupart d’entre nous, propriétaires d’animaux familiers et de chats en particulier, la simple idée d’exercer une violence sur un être à poils ou à plumes est tout à fait hors de propos.

Nous sommes choqués par les situations de maltraitance auxquelles nous pouvons être confrontés dans la réalité, ou qui sont rapportées sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Ces violences sont des violences évidentes et visibles, appliquées à différents degrés : de la réprimande ou la punition chez des particuliers, à la détention ou la privation de liberté (élevages, animaleries, cirques…), jusqu’aux cas de cruauté dont hélas le net regorge. Tout en nous s’insurge contre la souffrance infligée à ces animaux qui en sont les victimes.

Mais sommes-nous bien sûrs que les chats que nous chérissons tant et qui vivent avec nous, ne souffrent eux, à notre insu, d’aucune violence, moins visible et bien sûr involontaire de notre part ?

 

Que sont les violences invisibles ?

Les « violences invisibles » ne sont bien souvent pas perçues comme telles par l’humain dans les cohabitations Homme-Chat, pourtant elles existent et peuvent être exacerbées en milieu clos, quand l’animal ne peut s’y soustraire (plusieurs millions de chats dans les foyers français n’ont pas accès à l’extérieur).

Elles sont d’autant plus difficile à reconnaître et à accepter de la part des propriétaires qu’ils aiment leur animal en toute bonne foi et ne s’imaginent pas à quel point les exigences inconscientes qui pèsent sur le chat familier sont nombreuses. L’anthropomorphisme, les idées reçues, les mauvaises informations voire la désinformation sont en grande partie responsables. Il y a souvent un fossé entre les besoins fondamentaux de cet animal, finalement assez mal connus, et la vie qui leur est proposée auprès de ses humains.

 

Conditions de vie inapropriées

Les premières violences invisibles sont les modalités de vie au quotidien imposées au chat, qui, bien que très répandues, ne sont pas appropriées à cette espèce et lui pèsent assurément

 

Alimentation

Une erreur fréquente consiste à rationner à deux repas par jour ce grignoteur qui a physiologiquement besoin d’avoir de la nourriture disponible en continu. Sans intervention initiale de rationnement, le chat peut se réguler naturellement sur 10 à 20 petites prises sur 24h. A deux repas par jour l’animal se retrouve en frustration alimentaire quasi-permanente et peut développer une obsession pour la nourriture qui renforce le cercle vicieux.

 

Éliminations et litières

La question des éliminations et de la litière est souvent au centre de préoccupations des « humains de chats », dans le but d’en être gêné le moins possible. Le chat doit « faire là où on lui dit », même si l’endroit en question n’est pas adéquat de son point de vue.

On oublie que le fait d’éliminer en litière est déjà un tour de force, une adaptation énorme, et on concentre l’attention sur les besoins de l’humain, et non du chat, concernant ce comportement fondamental. Le fossé entre le bac à litière idéal pour le chat et l’idéal pour l’humain est par conséquent générateur de beaucoup d’inconfort pour l’animal.

Le chat aurait besoin de plusieurs litières pour pouvoir baliser son territoire de ces « centre de communication » qui lui permettent de diffuser ses odeurs rassurantes, sa signature olfactive (perceptibles ou non pour nous). Un bac ouvert lui permet de mieux surveiller les alentours et de mieux percevoir lesdites odeurs, et les détergents et eau de javel sont à proscrire pour éviter de les recouvrir. Nous préférons un bac caché au fond des toilettes, couvert, fermé, désodorisé…et le chat doit s’en accommoder sous peine d’être puni si ces modalités, auxquelles s’ajoutent des stress divers au quotidien, le conduisent à uriner en dehors de son bac.

 

Cohabitations imposées

Le chat est une espèce peu sociale par essence, dans la nature il fréquenterait peu, voir pas, ses congénères en dehors des périodes de reproduction ou à l’occasion d’un regroupement autour de ressources intéressantes (nourriture, abri…).

Faire vivre plusieurs chats ensemble comme nous le faisons est donc artificiel, et nécessite un effort de leur part, important pour certains, impossible pour d’autres, et en tout cas des compromis au quotidien. Même si les chats semblent « bien s’entendre », beaucoup de signes de tension échappent aux propriétaires, et de toutes façons ces chats n’ont pas d’autre choix que de cohabiter, même en cas de mésentente. Il en va de même pour la cohabitation avec l’humain finalement, que l’animal ne choisit pas (adultes et enfants plus ou moins respectueux), ainsi qu’avec d’autres espèces, potentiels prédateurs (chiens), ou potentielles proies (oiseaux, rongeurs..), dont la promiscuité peut stresser le chat.

 

Rythmes d’activités imposés

Vivre avec l’humain entraîne pour le chat la distorsion de ses rythmes naturels de veille et de sommeil pour les adapter aux nôtres. En effet, sa physiologie ne suit pas le rythme circadien jour-nuit comme nous mais plutôt une succession de phases d’activités : exploration, chasse, repas, toilette, repos…

Une grande partie de l’activité du chat est nocturne dans la nature, et se retrouve réprimée dans les foyers puisque gênantes pour notre sommeil. Le chat doit aussi s’accommoder des nos rythmes de présences et absences (beaucoup de chats sont laissés seuls plus de 10 heures par jour), de nos changements de rythmes ou de conditions de vie (déménagements), et de l’imprévisibilité de tous ces facteurs.

 

Répression des comportements naturels

Beaucoup de comportements naturels et normaux pour le chat sont réprimés quand il vit avec nous, car non désirés pour l’humain. Ils n’en restent pas moins souvent incompressibles et le fait de ne pas pouvoir les exprimer exerce une pression importante sur l’animal.

On supporte par exemple assez mal les griffades dans l’environnement, alors que le chat a absolument besoin de pouvoir de cette manière marquer son territoire et décharger ses tensions. Les comportements de prédation (pseudo-prédation sur un pied qui passe par exemple), de marquage en général, les démonstrations d’agressivité, sont également mal tolérés alors qu’ils font complètement partie du répertoire normal des comportements du chat et sont tout à fait légitimes.

 

Les attentes de l’humain

De nombreuses exigences pèsent sur le chat, qui partent des projections, attentes et besoins de l’humain, auxquelles le chat doit répondre, qu’il en soit capable ou non.

  • Exigences affectives : présence, « gentillesse », loyauté, fidélité, égalité d’humeur…
  • Exigence de compréhension : le chat est censé nous comprendre en tous points et connaître et respecter nos codes de communication.
  • Exigences de contact : caresses, câlins, prises dans les bras, manipulations. Le chat doit se prêter à toutes nos démonstrations affectives.
  • Exigences de disponibilité : ses envies doivent être les mêmes que les nôtres, au même moment, et tant pis s’il dort ou s’il est occupé.
  • Exigence de reconnaissance : « après tout ce qu’on fait pour lui », particulièrement pour le chat recueilli d’un refuge.
  • Exigence d’hygiène et de propreté : l’animal doit être « propre », ne pas commettre d’éliminations « inappropriées », doit sentir bon, ne pas salir…
  • Exigence d’obéissance et de non-agressivité : l’animal doit « respecter » ses humains, peu importe si lui ne l’est pas. La dimension défensive de « l’agressivité de l’animal » comme réponse un ressenti de menace n’est pas prise en compte.
  • Exigence esthétique : le chat doit être svelte, avec une robe de telle couleur, le poil soyeux, sans handicap…

 

L’impact des violences invisibles

L’impact des violences invisibles sera différent selon chaque individu, son vécu, sa capacité d’adaptation et sa jauge émotionnelle. Certains chats les « encaisseront » mieux que d’autres, mais nous devons nous souvenir que tolérer n’est pas apprécier et que pour tous l’adaptation aura un coût. Ce coût sera visible dans certains cas : les comportements gênants adoptés par le chat pourront mettre la puce à l’oreille quand au mal-être qu’il ressent (marquage urinaire, conduites agressives, comportements craintifs, miaulement insistants, léchages compulsifs…).

Dans d’autres cas, l’impact lui aussi sera dans un premier temps invisible, mais le stress et le mal-être induits auront des répercussions sur la santé de l’animal. On pourra assister à l’apparition de problèmes médicaux divers, de maladies plus ou moins chroniques, voire de pathologies lourdes.

Autant de raisons d’essayer de faire du chemin vers notre animal pour mieux le connaître et l’accepter pour ce qu’il est vraiment. Ceci pour des raisons éthiques (c’est nous qui convions cet animal à venir vivre une vie « pseudo-humaine ») ou pragmatiques : le chat en mal-être pourra développer des comportements gênants ou des pathologies.

Sonia Paeleman, novembre 2016.



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