Formations aux comportements animaliers

Le chat est-il toujours solitaire ?

Par Laurence

 

Par Brunilde Ract-Madoux, éthologue, consultante en comportement et formatrice chez Vox Animae

 

Il vit à nos côtés mais on le dit solitaire et indépendant. Alors pourquoi cette réputation et peut-on mettre tous les chats domestiques dans le même panier ? Pour mieux le comprendre, nous nous sommes penchés sur sa façon d’être et sur son mode de vie.

Votre chat est indépendant ? Pas si évident que cela quand on le voit quémander de la nourriture en harcelant son maître de ronrons au creux de l’oreille ! C’est un solitaire ? Pourquoi vient-il systématiquement se poser sur le livre que vous venez d’ouvrir ou sur votre ordinateur alors que vous êtes en plein travail ? À croire que les chats d’aujourd’hui n’ont rien en commun avec ceux de nos grands-parents qui ont valu à tous les représentants de leur espèce cette réputation d’animal indépendant et solitaire !

Vous avez dit solitaire ?

En réalité, en éthologie, lorsqu’on parle d’un animal solitaire, cela ne veut pas dire qu’il vit isolé des siens, comme le ferait un homme marginal, asocial, c’est-à-dire sans interaction avec sa société. Si, pour le scientifique, le chat domestique est qualifié d’espèce solitaire, c’est dans le sens où il chasse seul, que les individus ne vivent pas en groupe structuré ni organisé et qu’il n’y a pas forcément de coopération dans l’élevage et l’éducation des chatons.

Le chat domestique, Felis silvestris catus, est celui qui vit à nos côtés dans nos maisons et appartements. Mais en réalité, son espèce a colonisé tellement d’espaces, sous toutes les latitudes, dans des environnements si variés qu’elle regroupe des individus aux modes de vie très différents. Cela va du chat qui vit en solitaire au milieu de la forêt de Nouvelle-Zélande à celui qui se débrouille en plein cœur d’une ville comme New-York où les regroupements de chats peuvent compter plus de 2 000 sujets au km². Certains scientifiques classifient les populations de chats domestiques en fonction de leur degré de dépendance à l’homme. Les chats harets sont les chats domestiques retournés à l’état sauvage. Ils vivent de façon autonome en chassant, mais peuvent profiter de la nourriture distribuée par les humains. Les chats errants mènent, quant à eux, une vie libre, mais commensale à l’homme, c’est-à-dire qu’ils peuvent être rattachés à un ou plusieurs foyers qui les nourrissent plus ou moins régulièrement. Les chats de compagnie sont eux rattachés à un foyer et dépendent des hommes pour leur subsistance, bien qu’on puisse les voir chasser. On peut réaliser ce type de classification bien qu’il soit difficile de dégager un modèle commun illustrant « le mode de vie des chats ».

La faculté d’adaptation du chat à son milieu est due à ce que les scientifiques appellent la « plasticité comportementale ». Ce mécanisme correspond à son aptitude à modifier de façon plus ou moins durable ses comportements suite aux expériences qu’il vit. C’est en partie la raison pour laquelle il est difficile de généraliser un comportement du chat domestique car il en existe autant que de milieux occupés !

Ce qui est certain, c’est que la domestication et la sélection opérée par l’homme ont pu soutenir et favoriser l’aptitude du chat à vivre en groupe et à tolérer ses congénères en augmentant cette fameuse « plasticité comportementale ». Ainsi, lorsque les proies sont rares et dispersées, le chat domestique chasse seul et vit sur un mode solitaire. Mais si les ressources alimentaires sont abondantes, il accepte de se regrouper, de côtoyer les siens et de les partager sans (trop) se chamailler… Attirés par les mêmes sources de nourriture, des dizaines, des centaines voire des milliers d’individus peuvent se regrouper et vivre autour de cette ressource de manière durable ou temporaire. La tolérance entre les individus est variable selon les ressources alimentaires mais aussi selon l’expérience passée et le tempérament !

Les scientifiques ont observé que la plupart du temps, ce sont les femelles et leurs jeunes qui se regroupent autour des ressources vitales, partagées dans le temps. Les mâles entiers, dont le domaine de vie est nettement plus large que celui des femelles, vadrouillent à la recherche de ces dernières… Les chats d’une même portée passeront tout ou une partie de leur vie ensemble. Certains ont des affinités particulières et les démonstrations de marques d’affection ne manquent pas : flairages, frottements nez à nez, toilettages mutuels, partage de couchage. Au sein de ces regroupements, une densité élevée de chats implique que les domaines vitaux de chacun se recoupent. Mais si les chats ne se retrouvent pas en concurrence pour avoir accès à la nourriture, les rivaux potentiels deviennent des compagnons de vie.

Halte aux idées reçues

Les espèces solitaires comme les félins sont souvent qualifiées de territoriales. Mais d’un point de vue scientifique, le « territoire » du chat domestique, non défendu et non délimité par des marques visuelles ou olfactives est appelé « domaine vital ». La taille des domaines vitaux est variable selon plusieurs paramètres comme le sexe, la répartition de nourriture, les rythmes d’activités ou encore la saison de reproduction. Les chats partagent tout ou une partie seulement de leur domaine de vie où ils trouveront toutes les ressources nécessaires à leurs besoins. À ce jour, aucune étude scientifique ne prouve que les chats défendent de manière très active leurs domaines de vie. Pourtant, l’absence de transferts de femelles d’un groupe vers un autre groupe prouverait qu’elles ne tolèrent pas la présence d’étrangères. La territorialité du chat est une notion qui vaut des débats passionnés au sein de la communauté scientifique. Les chats utilisent des moyens de communication visuels et olfactifs tels que le griffage, les frottements faciaux, l’urine et les fèces. Cette communication permet, entre autres, de signaler sa présence aux indésirables afin d’éviter les rencontres.

Mais contrairement aux idées reçues, les lieux marqués ne se situeraient pas le long de « frontières » territoriales mais plutôt en des points dispersés à l’intérieur même du domaine vital, à distance du point de vie central. Les chats ne défendraient donc pas leur territoire, mais patrouilleraient autour de ces points qu’ils marqueraient de nouveau à chaque fois que cela est nécessaire à l’intérieur de leurs domaines, aux limites souvent peu définies. D’autres chercheurs ont prouvé qu’au sein des regroupements, les chats défendaient le cœur de leur domaine vital contre l’intrusion d’étrangers. Une attitude que l’on peut retrouver lors de l’introduction d’un nouveau chat au sein de notre foyer.

Les études sur le comportement des chats domestiques errants aident à mieux comprendre le comportement de nos chats de compagnie. Contrairement aux chats errants, nos petits compagnons ont de nombreux avantages, tels qu’un toit, de la nourriture à volonté, une protection sanitaire et pas de prédateurs. Mais cette vie « facile » a ses inconvénients comme la restriction à un espace confiné, la distribution d’un certain type d’alimentation, un accès contrôlé à l’intérieur de la maison et/ou à l’extérieur, ainsi que l’obligation de supporter des colocataires non choisis. Autant de causes parfois à l’émergence d’un mal-être chez le chat qui accepte mal ces conditions de vie.

Répondre aux besoins du chat

Si le chat n’est pas un animal compliqué à vivre, il est important de répondre à ses besoins primaires pour le rendre heureux en lui fournissant de la nourriture, des lieux de repos et un endroit pour se soulager. Ce qui implique quelques règles à suivre ! La litière doit être dans une pièce calme, facilement accessible. Les gamelles à même le sol ou en hauteur, ainsi qu’une ou plusieurs sources d’eau, selon ses besoins. Il est conseillé d’observer les réactions du chat pour trouver ce qui lui convient le mieux. Les repas sont des moments importants pour lui et il est montré que c’est un des facteurs qui favorisent et soudent le lien homme-chat. Gros dormeur, il apprécie de se reposer dans un lieu calme et confortable… et aime choisir son lieu de repos, qui peut évoluer dans la journée. En lui laissant un accès à plusieurs pièces, il pourra donc satisfaire l’un de ses besoins vitaux. Enfin, une architecture d’intérieur un peu complexe lui permettra de grimper, d’observer ou de se cacher. Des aménagements simples qui permettent une cohabitation harmonieuse.

 

 

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